"Ecoute ca c'est super."
Vous étiez un peu une emmerdeuse, alors vous aviez décidé d'entrée que non, ce ne serait pas super. Parce que l'Insupp' ne vous propose pas de découvrir quelque chose en se disant que "peut-être
que ca te plaira", non. Il vous agite quelque chose sous le nez pendant des heures en vous disant "tu vas aimer", vous enquiquinant jusqu'à ce que vous criiez grâce et acceptiez d'écouter / lire
/ regarder.
Vous lui dites "oui ca me plaît" il se rengorge et ajoute "tu vois, maintenant tu peux laisser tes livres/CD/films de m..., tu connais un truc vachement mieux". Vous prenez la mouche, le ton
monte (le vôtre, lui restant aussi calme qu'une salade verte).
Ou vous lui dites "non, ca ne plaît pas". Là, il commencera à vous expliquer POURQUO ca DOIT vous plaire. Ajoutant que c'est "vachement mieux que tes livres/CD/films de m...".
Vous essayez de faire ca de facon argumentée "ca ne me plaît pas parce que...". Il écoutera vos arguments (un peu), vous coupant au milieu de chaque phrase (ou presque, et quand vous le lui
reprochez il réplique "je sais ce que tu vas dire") pour vous PROUVER que de toute facon vous avez tort et que SON truc est "vachement mieux que tes livres/CD/films de m...".
Du coup, l'opéra, vous avez bloqué. D'entrée (sur un CD, même aujourd'hui, vous trouvez ca barbant. Vous aimez qu'il y ait un décor, des personnes, des costumes, du tra la la). Grognant
contre "ce truc pour vieux pleins de fric".
Et puis Vienne, où on tète l'opéra avec le lait maternel, Vienne où on entend de la valse même pendant un marathon, Vienne où les plus grands noms de la musique viennent régulièrement jouer ou
diriger.
Vienne où on peut aller voir Mutti ou Ozawa diriger les musiciens du Philharmonique pour 2 EUR.
Vienne où on va au concert ou à l'Opéra comme d'autres vont au cinéma ou au café.
Vienne et Nabuccho.
Nabuccho au programme.
Souvenir de ma mère chantant à pleine voix le superbe air du Choeur des Esclaves.
Souvenir de Nana Mouskouri entonnant "Je chante avec toi Liberté".
Souvenir de cette superbe scène de "Sissi" à la Scala de Milan, où les Italiens se lèvent pour entamer le chant des esclaves en signe d'hostiilté face au couple impérial.
Nabuccho et ce choeur superbe qui me donne la chair de poule dès les premières notes.
Ce sera Nabuccho, donc. Une heure de queue, un billet à 10 schillings (5 francs de l'époque...), et la ferme résolution de "je prends la clé des champs après le Choeur des Esclaves."
Nabuccho et un coup de foudre. Malgré la mise en scène déplorablement moderne, malgré le parti pris énervant du metteur en scène, malgré un grand-prête qui boit à la bouteille sur scène entre
deux phrases.
Malgré le choeur vêtu de blouses de nylon et de costumes cravates en polyester, malgré les personnages principaux en costume trois-pièces, malgré la lecon politico-philosophique que tout mauvais
metteur en scène se doit de vouloir faire passer au mépris de la beauté pure d'une oeuvre superbe.
Un coup de foudre pour les voix, si puissantes, pour la musique, qui rentre dans le ventre et possède tous vos sens, pour le texte, si beau.
Je ne suis pas partie après le Choeur des Esclaves.
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