Vendredi 3 août 2007
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16:01
Pourquoi se limiter, après tout? J'hésitais entre le rire et les larmes, il y aura eu les deux.
Mes derniers jours à Vienne se sont déroulés de facon diamétralement opposée à ce que j'envisageais.
Naivement je m'imaginais empaqueter de ci, nettoyer de là, régler les formalités en pointillés, et profiter des dix jours de liberté entre la fin de mon travail au Palais et mon départ pour flâner,
marauder, visiter... Pour prendre congé dans les règles de cette ville que j'ai tant aimé.
Jusqu'au coude... Je me suis mis le doigt dans l'oeil jusqu'au coude.
J'ai fini mes paquets pendant que le déménageur embarquait ceux déjà prêts. Bon, il avait plus d'une heure d'avance sur l'horaire, hein...
Les jours suivants; je comptais faire ménage, piscine, balade... C'était sans compter ma propriétaire, ses appels cinq fois par jour pour se plaindre du futur nouveau locataire "je suis sûre qu'il
ne va pas le prendre" "il ne m'a pas rappelée" "il veut me virer la caution de banque à banque" et autres drames.
Sans compter les nouveaux visiteurs, du coup,qu'elle conviait à visiter l'appartement dans l'hypothèse du désistement du jeune H.
Je ne suis pas d'un naturel patient. Cinq appels par jour et des messages du style "aaaah Madame Strudel rappelez-moi" comme si elle voulait m'annoncer la mort de Sergio Rossi, j'avais
envie de cracher des clous.
Et puis, six ans, ca laisse des traces. Il a fallu trier, donner, offrir, jeter. Empaqueter le reste. Dans ce tourbillon, faire des pauses bienvenues pour voir et revoir Hélène et sa jolie famille
et emmener Clara manger une glace, pour prendre le thé avec Judith, pour improviser une soirée d'au revoir, et, surtout, pour dîner avec le Commandeur - une soirée mémorable qui m'a valu une cuite
sévère pas du tout assortie à ma robe Ferré et ma pochette Chanel.
10 jours sont donc passés sans que je ne les remarque, sans que je ne sache plus si on était mardi ou samedi, sans que rien ne compte hormis la tache à ôter du parquet et les cartons à
terminer.
La dernière soirée a dépassé toutes mes attentes. J'avais rendez-vous chez Judith à 18:00 pour un tea time de filles.
A midi appel de la proprio "je veux vous aider à faire le ménage, vous êtes chez vous, j'arrive".
Enfer et boutons d'acné... Elle devait être là à deux heures, à quatre je l'attendais encore, récurant pour passer le temps sans oser mettre le nez dehors pour ne pas la manquer.
Enfin elle arrive avec - geste bien gentil - une glace et un petit cadeau.
Et la voilà qui se met en devoir de nettoyer les vitres. Et le cadre des vitres, et le dessous des vitres, et que je dois grimper sur un tabouret pour récurer le DESSUS des vitres à la brosse à
dents. A huit heures elle astiquait encore et Judith dînait sans moi tandis que j'annulais mon rendez-vous avec Norbert pour voir la projection sous les étoiles du concert du Nouvel An.
Et moi je nettoyais la salle de bain.
Fracas de fin du monde et je cours dans la pièce à vivre pour découvrir ma propriétaire courbée en deux sous le poids de la grande vitre, le crâne dégoulinant de sang.
Départ pour l'hôpital. Aprèes qu'elle m'ait rendu ma caution - en entier - et réglé toutes les formalités.
Il est onze heures du soir quand je déboule chez Judith pour un dernier papotage, une heure du matin quand j'arrive à ce qui a cessé d'être "la maison" pour redevenir "l'appartement". Coup de fil
du Commandeur comme toujours si prévenant, dernière nuit dans un studio sans fenêtre.
La dernière journée a coulé comme une illusion entre les dernières formalités à régler, les ouvriers venus remonter la fenêtre, les deux colis à expédier, les appels des copains pour me souhaiter
bon voyage.
Et, déjà, Alexander sonne. Nous récupérons Marius en chemin, buvons un verre à l'aéroport. De bavardages en anecdotes, de rires en étreintes amicales, je n'ai pas le temps de penser que j'ai
du chagrin, et c'est à toute allure que je passe le salon d'embarquement.
Posée dans l'avion, un dernier coup de fil du Commandeur, et là, pendant le décollage, les larmes en guise d'adieu.