Samedi 9 juin 2007

Des navets, j'en ai vu. Suffisamment pour en nourrir le Troisième Bataillon d'Infanterie.
Des daubes, idem. 
Des nullités, des conneries, des m...
Aussi. Cinéma, concerts, bouquins...

Ceci dit, en assistant mercredi soir à une représentation du spectacle "VSPRS" d'Alain Platel, je dois avouer que je me suis trouvée, pour la première fois, à court d'épithètes négatifs et malsonnants pour qualifier ce... truc.

Les bien-pensants m'objecteront que "l'Art" ne peut pas être objectivement qualifié de bon ou de mauvais, que c'est une question de goût, que tout y est subjectif.
Soit.
Je reste quand même persuadée que dire du gribouillis d'un singe sur un morceau de papier sale "c'est de l'Art" ne suffit pas en faire une nouvelle Joconde.
Et qu'exposer des selles fraîches ne suffit pas pour se targuer d'être un artiste.
Bref.
Je suis désespérément conservatrice et ringarde en matière d'art. Tant pis. Je vis très bien au large des pseudo-oeuvres de César et autres laudateurs du mauvais goût érigé en "AAAAAAAAArt".

Revenons à nos moutons. 

Invitée à une représentation dans le cadre du Festival "Impulstanz" qui se tient chaque printemps à Vienne, je m'y suis rendue en sautillant sous mon parapluie rose.
Parce que, même si je suis ringarde et conservatrice, je saisis très souvent l'occasion de confronter mes goûts avec la réalité que je critique si gaiement. On ne sait jamais: peut-être qu'un jour le déclic se produira et que je m'extasierai devant une toile blanche sur un mur blanc et serai prête à me priver de Sergio Rossi pour acquérir un tel... chef-d'oeuvre. Bref. Ringarde, mais pas fermée.

Je prends place, les pieds mouillés mais d'humeur toujours sautillante, sous les ors du Theater an der Wien, où j'ai vu, pour la première fois, le grand Ricardo Muti diriger "Les Noces de Figaro" (c'était avec l'Insupportable, il y a six ans). Une superbe place au Parquet, avec (hélas) vue imprenable sur la scène.

Le rideau s'ouvre sur... un bloc. Une colline, un rocher, un nuage au paradis? Dégoulinant de lambeaux de tissu blanc sale évoquant à merveille des morceaux de papier Q.

Je m'interroge tandis que, sur la scène, entre un monsieur muni d'une grosse miche de pain. Il gratte sur sa miche, la serre contre son coeur, la prend entre ses doigts, nous montrant visiblement qu'il a envie de se tailler un morceau de pain. Je lui soufflerais bien d'aller chercher un couteau ou de se fournir chez Poilâne pour la prochaine représentation, mais me dis que ca ne doit pas être dans l'esprit de l'AAAAAAAAAArt. Je me tais.
Ringarde, mais bien élevée, voui.

Monsieur Miche entreprend enfin de mordre dans son pain. A chaque bouchée, il recrache tous les morceaux sur la scène, évoquant furieusement un castor rongeant son tronc d'arbre pour construire son nid. A noter que faire le castor à table n'est pas tout à fait conforme aux principes de la Baronne. 

Pendant que Monsieur Miche ronge son pain (et que je ronge mon frein), entre un jeune monsieur bien mis. Qui se met à sauter et virevolter, tout en enlevant son pantalon, sa veste... Il se retrouve en chaussettes blanches soigneusement fixées sous le genou, en slip kangourou blanc et en chemise. A noter que le slip est assez ample pour que ses cacahuètes y vadrouillent joyeusement, bondissant de cà de là au rythme de ses sauts désordonnés. 
Après quelques entrechats, il se rhabille. Monsieur Miche a fini de ronger son pain. 
Entre une femme bizarrement vêtue qui entreprend de désigner des gens "du public" et de les faire monter sur scène. Chacun de ces "élus" se met alors à sautiller sur place, pendant qu'une contorsioniste vêtue de blanc sale entreprend d'escalader le décor de papier Q, se balancant, se tortillant, rappelant plus une guenon qui cherche son petit que le Cirque du Soleil.

Soudain, au fond d'une loge, on entend "Batman". Une grande duduche commence à s'avancer vers la scène, lancant à intervalles irréguliers des vociférations mêlant noms de super-héros et de personnages religieux. "Wonderwoman", beugle-t-elle, "Catwoman", "Jesus-Christ"... 
Quand elle arrête ses gesticulations et ses vociférations, c'est pour se planter comme un mât de cocagne en robe jaune et déclamer en mauvais anglais "I wrote a poesy: "lonely caca".
Me demandant à quand remonte mon dernier bilan ORL et si on peut déjà avoir beosin d'un sonotone à 29 ans, j'ai tendu l'oreille.
Ah oui, j'avais bien entendu, puisqu'elle le répète: son poème s'appelle bien "lonely caca".
Ce que confirme, hélas sans ambiguité aucune, le texte qu'elle commence à déclamer (en anglais s'il vous plaît, mais que je vous traduis, car je m'en voudrais de risquer de vous faire manquer un tel chef-d'oeuvre): 
"Caca solitaire, quand je te vois dans ta robe marron clair, je t'aime. Je te fais tous les jours. C'est tout."
Mouais. On peut bien dire que c'est de l'AAAAAAAAAAAAAart, mais ca ne fera pas d'elle une nouvelle Homère. Pendant ce temps, sur la scène, le reste des personnages sautille sur place et s'agite en faisant des grimaces.

Après le lonely caca, je me suis dit que j'avais plein de trucs à faire à la maison: le ménage, la lessive, le repassage. J'ai quitté la salle. Comme ca, sans attendre l'entracte. J'aurais bien jeté des tomates au passage, hein. Je n'en avais pas, c'est bien dommage.

J'ai quand même fait un saut sur Internet histoire de voir ce qui se cache derrière tout ca.
Hé bien, il y a des critiques pour affirmer avec le plus grand sérieux que "[Alain Platel}...affirme avec force la mise en scène des marges, avec des personnages hors norme et une dépense physique déstabilisante (pour sa dernière pièce, Vsprs, il s’inspire de films de patients en hôpital psychiatrique et élabore une gestuelle de tremblements et de convulsions). En 2003, il interrompt pour un temps son activité de création, laissant aux interprètes le soin de créer leurs propres spectacles. Il revendique en effet pour les Ballets C. de la B. un fonctionnement de collectif "

D'autres
essaieront de faire une critique un peu moins laudatrice, sans pour autant  oser mouiller leur chemise et clamer haut et fort que "c'est de la m...". A quand de vrais critiques avec assez de courage et d'intégrité pour donner un avis tranché et sincère, sans blablater sur l'AAAAAAAAAAAAAAAaart? Ont-ils tous perdu courage et indépendance d'esprit en même temps que la culture est devenue subventionnée?

Par Princesse Strudel - Publié dans : Cinéma, opéras, comédies musicales
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