J'avoue que, quand j'ai vu que c'était Christine Mielitz qui mettait en scène le Fliegende Holländer (le Vaisseau Fantôme) de Wagner, j'ai eu comme une brève envie de prendre mes jambes à mon cou
et de quitter l'opéra avant d'assister à un énième
massacre.
Et puis, et puis...
Et puis la perspective de revoir le génial Seiji Ozawa diriger les musiciens du
Staatsoper, celle d'assister pour la première fois à une représentation du Fliegender Holländer, l'a emporté. D'autant qu'il n'y avait rien à la télé. Entre Mielitz et les commentaires oiseux des
pseudo-démocrates à l'occasion de la soirée électorale, j'ai quand même préféré risquer l'opéra.
Le Hollandais a juré de croiser un cap "dusse-t-il naviguer éternellement". Satan pour le punir de sa présomption l'a alors condamné à
l'errance éternelle. Un ange divin a cependant réussi à adoucir la sentence: le Hollandais a le droit de faire escale tous les sept ans. Une femme qui lui serait fidèle jusque dans la mort
pourrait le délivrer de la malédiction.
Faisant justement escale le Hollandais rencontre Daland, caiptaine d'un autre navire. Lequel Daland l'invite à terre afin de rencontre
sa fille Senta, belle et fidèle.
Présentés l'un à l'autre ils tombent amoureux au premier regard (et c'est là que je me dis que si on mettait l'étude de Wagner au
programme de l'école primaire on aurait beaucoup, beaucoup moins de Crapauds).
Daland déclare alors que les fiancailles seront célébrées lors de la fête de retrouvailles. Les marins de Daland descendent à terre
retrouver leurs douces. Là, Mme Mielitz s'est visiblement souvenu qu'elle devait commettre une énormité afin d'imprimer sa vilaine papatte sur un chef-d'oeuvre visiblement trop beau pour son
entendement: les marins commencent à se déshabiller, couchent les femmes à terre, et les montent. Si si, comme ca, au milieu de la scène. Torse nu, chaque marin fait de grands mouvements de va et
vient sur le corps de sa, heu... fiancée? Ribaude? Tous en groupes, comme des phoques. Partouze en ré majeur. Grandiose.
Eric, chasseur amoureux de Senta, intervient pour rappeler à celle-ci que c'est à lui qu'elle a juré fidélité. Senta nie, il
évoque alors les moments partagés. Le Hollandais l'entend, et délivre Senta de sa promesse afin qu'elle ne soit pas, du fait de son parjure, condamnée elle aussi à l'errance
éternelle.
Le passage où le Hollandais chante son adieu à la délivrance est poignant à pleurer. Et quand Senta lui répond qu'elle lui sera, comme
promis, fidèle jusque dans la mort, avant de se jeter à l'eau (Mme Mielitz a préféré l'immoler dans les flammes), j'en ai eu la chair de poule.
Durant seulement deux heures et quart, sans entracte, le Vaisseau Fantôme est peut-être l'oeuvre idéale pour aborder Wagner (encore
que les Maître Chanteurs, fort amusants, soient aussi une belle facon de commencer). Les choeurs, une fois de plus, sont superbes.
Voir Ozawa diriger est un plaisir rare: il est amical, sautillant, gai, plein d'énergie, facétieux. A la fin de la pièce il serre
la main de la plupart des musiciens, pas seulement de son premier violon. Quand il monte ensuite sur la scène pour saluer le public avec les chanteurs, il sourit, visiblement heureux d'être
là et d'avoir offert ce moment aux spectateurs. Il irradie d'enthousiasme.