Chose promise, chose due. Voici le récit détaillé du bal du Philharmonique, le 18 janvier 2007.
J’ai ouvert ce bal pour la première fois en 2005 avec Thibault, ainsi que Daphnée et Edgard. Nous nous étions retrouvés dans la Polonaise, le groupe qui fait tapisserie tandis qu’entrent les invités d’honneur et que le Carré danse.
Officiellement, font partie du Carré les danseurs émérites. Officieusement, font partie du Carré ceux qui ont un nom prestigieux, des relations, et idéalement les deux à la fois.
Cette année j’ai ouvert le Philharmonique avec Beau Cavalier. Après une audition plutôt calamiteuse (cf le billet « Philharmonikerball – Audition en cliquant ici :
http://viennoiseries.over-blog.com/5-categorie-397950.html)
j’ai recu un courrier m’informant que Beau Cavalier et moi faisions partie, cette année encore, de la Polonaise.
Jeudi, 17.30 : chamailleries avec la comptable qui veut un document « maintenant tout de suite » alors que je viens d’avoir en mains ledits documents. Gros râlage du Strudel qui finit par dénicher le vrai responsable et s’empresse de prendre la clé des champs avant qu’on n’ait la malencontreuse idée de lui demander encore un truc barbant.
Jeudi, 19.00 : arrivée de Lena et Marius pour qu’on se prépare. Je pensais plutôt inviter Léna pour des préparatifs et papotages entre nanas, mais Marius est resté pour nous tenir compagnie avant de nous emmener galamment au Musikverein pour que nous n’ayions pas à arpenter les rues à pied dans nos robes blanches.
Marius et Lena
Paul et moi
Jeudi, 21.00 : mise en rangs au deuxième sous-sol du Musikverein. L’ouverture est à 22.00 seulement, mais nous devons être à pied d’œuvre dès 21.00. Crapaud Charmant arrive, comme il se doit, très en retard, d’autres arriveront un peu gais après avoir éclusés quelques verres.
Florian et Félix
Jeudi, 21.30 : la tension monte dans les rangs des professeurs de danse, les Débutants eux vont, viennent et chahutent, rien que du très ordinaire. Beaucoup d’entre nous ont déjà ouvert plusieurs bals, et puisque nous faisons partie de la Polonaise, notre rôle est réduit.
Franziska et Ferdinand
Jeudi, 21.45 : les demoiselles recoivent un bouquet d’œillets jaunes, les messieurs, un œillet assorti à épingler à leur revers.
Nous gravissons les escaliers, jupon relevé sur le bras, cramponnées à nos danseurs, et allons prendre position à l’entrée de la grande salle du Musikverein. J’ai le plaisir de tomber nez à nez avec Nicolas, en compagnie de Connie qui a pris la place de la belle Alexandra, clouée au lit par la fièvre.
Nicolas et Conny
Les premières notes de la Polonaise de Ziehrer retentissent et notre premier groupe se met en marche, les rangs formés sur quatre colonnes. Arrivés devant la scène nous effectuons le mouvement de la fontaine et allons prendre nos positions pour former le Spalier, ou haie d’honneur.
Le deuxième groupe de la Polonaise fait son entrée et les couples viennent prendre leur position, juste sous le nez des couples déjà en place. Manque de chance, votre Strudel est derrière un géant gigantesque qui l’empêche de pouvoir regarder et critiquer les tenues des invités tout à son aise. Du coup c’est Beau Cavalier qui y va de ses commentaires.
Entrée des invités d’honneur, donc, puis du Carré, et enfin, du Philharmonique de Vienne.
Entendre pendant dix minutes le célèbre orchestre jouer un pot pourri des meilleurs airs viennois est un moment rare entre tous, surtout quand vous êtes à deux pas et jouissez d’une parfaite acoustique.
Le Carré danse ensuite sur une joyeuse polka au titre fort plaisant : « Ohne Sorge » ("Sans souci").
Je vous avouerai franchement que, lors de la Générale, la Polonaise n’a pas applaudi le Carré. Nous sommes un peu mesquins, voyez-vous. Il y avait dans la Polonaise d’excellents danseurs, qui râlent bien sûr un peu de voir dans le Carré des canards boiteux. Lors de l’Ouverture nous n’avons pas applaudi non plus, mais c’est parce que le protocole interdit aux Débutants de faire autre chose que décorer et sourire. Promis. Sinon nous aurions bien sûr applaudi. Peut-être.
Compliment final, puis Polonaise et Carré forment le grand groupe pour danser le grand compliment et prendre position pour la valse d’ouverture tandis que les.
Les trois Flerckerlpaare (couples dansant la valse sur place) ouvrent la danse, suivies du cercle intérieur (le Carré) puis du cercle extérieur (la Polonaise). Compliment final avant les mots magiques : « Alles Walzer ». C’est le moment stratégique de l’éclipse des Débutants. Tout le public du Philharmonique se rue sur le parquet dans une foule rappelant furieusement les Champs un soir de finale de Coupe du Monde, et il faut être masochise ou croisé bulldozer pour rester là à se faire écraser les pieds, le nez, et le reste.
Lena et moi nous réfugions dans un coin des vestiaires pour changer de robe, avant de rejoindre nos danseurs pour boire un verre, faire des photos, manger quelque chose. Et, oups…
Ci-dessus Marius et Lena, ci-dessous votre Strudel avec Benedkit, Flo, Cordula et Wolfgang
Il est bientôt minuit, heure du premier quadrille !
Les rangs se placent en un clin d’œil dans une bousculade généralisée tandis que Thomas Schäfer-Elmayer, maître de danse de la soirée, attend le début de la musique pour annoncer les figures.
Thomas Schäfer-Elmayer
Premier tour, galop entre les rangs. C’est le moment de traverser la salle en sautillant et en criant « youououououou » comme un Apache, accroché(e) à votre cavalier, au cavalier de votre voisine, à votre copine, à un peu qui vous voudrez.
Bien entendu, vous n’avez pas encore retrouvé votre place que la musique reprend pour le deuxième tour.
Plus on avance dans le quadrille et plus la danse se déchaîne. Au quatrième tour les messieurs se voient contraints de sauter par-dessus les mains jointes des danseuses au lieu de passer en dessous comme dans tout quadrille bien civilisé (si seulement j’étais aussi douée pour faire sauter les hommes à travers les cerceaux que pour les faire sauter à pieds joints, hein…). Au cinquième les demoiselles sont portées à bout de bras au lieu d’être gentiment promenées. Le tout ne va pas sans écrasement d’orteils, coups de coudes dans les côtes et autres écorchures et bleus. Qu’importe, on s’amuse.
Ci-dessous: révérence des dames au cinquième tour du quadrille, port des dames au cinquième tour
Le sixième tour est répété une, deux, trois fois, en augmentant chaque fois le rythme. Beau Cavalier est vigoureusement chassé par Coco qui prend sa place, lui même se retrouvant dame du cavalier de ma copine. C’est le chaos. C’est génial.
Fin du quadrille, Timmi a perdu sa danseuse devenue "mon danseur"
Le quadrille s’achève sur un galop endiablé dansé sur un air de cancan d’Offenbach. En avant, en arrière, changement de direction, passage sour les bras tendus formant un tunnel, le tout au galop sur un parquet ciré.
Galop final
Repos bien mérité après la valse viennoise. Beau Cavalier disparaît pour aller chercher un de ses copains, temps que je mets à profit pour quelques danses étourdissante avec Czaba, le meilleur danseur de fox-trott, slow-fox et valse lente que je connaisse. A peine le temps de redescendre au dernier sous-sol que c’est déjà l’heure du second quadrille.
Sixième tour au second quadrille
Beau Cavalier, patraque, tire sa révérence sur les coups des trois heures.
Je danse quelques rocks du tonnerre avec le charmant jeune Bruno (les Viennois ne savent pas danser le rock, qu’on se le dise.
Ci-dessous: Bruno, Gabrielle et Charles
Ils dansent le jive et le boogie, le rock n’roll reste inconnu au bataillon) puis retrouve Czaba, dont la cavalière a visiblement pris la poudre d’escampette (merci Mademoiselle), sous les ors de la grande salle de danse.
Il est déjà cinq heures et l’heure de « Brüderlein fein », valse lente mélancolique et charmante qui clôture presque tous les bals. Les lumières sont éteintes, la musique est douce. On danse traditionnellement cette dernière valse avec son cavalier d’ouverture, ou son cher et tendre. La solitude m’étreint en voyant tous ces couples s’embrasser enlacés. L’atmosphère est tendre et douce, paisible, et je donnerais bien une moitié de strudel (pas le strudel entier, quand même, faut pas charrier) pour poser moi aussi ma petite tête de fille sur une épaulse accueillante.
Alexander surgit après la dernière valse pour… la dernière valse. Scandale au Philharmonique, on joue une valse viennoise après le Brüderlein ! Nous dansons et dansons, le rythme d’une valse viennoise est plus enivrant que le plus capiteux des vins.
C’est la bousculade dans les escaliers pour récupérer les manteaux. Nous traversons la rue à la hâte pour nous réfugier, avec Constantin et Viktoria, dans les luxueux salons de l’Impérial où nous attend un Katerfrühstück (Kater = chat, donc : petit déjeuner de chat. Mais Kater = courbatures, Kater = gueule de bois). Donc, en gros, c’est le petit déjeuner qu’on prend après une soirée trop arrosée, ou une longue nuit, avant d’aller se coucher.
Le Katerfrühstück traditionnel se compose de goulasch et de pain, ou bien de saucisses et d’un petit pain, le tout accompagné de moutarde et de raifort frais, et arrosé de bière, bien sûr.
Il est sept heures et le jour s’est levé sur Vienne. Alexander me reconduit galamment jusque chez moi avant de repartir au bureau (sans dormir. On est viennois ou on ne l’est pas). Quant à moi, enfin libérée de mon corset, je me plonge dans un bain puis dans mon lit. C’est que, dans quelques heures, j’ai la Générale du TC.
L’histoire du bal, les photos officielles, et les informations sur l’Orchestre Philharmonique de Vienne en général se trouvent ici :
http://www.wienerphilharmoniker.at