Samedi 26 avril 2008
La foule d'un après-midi de printemps qui se bouscule sur le Kohlmarkt.

Les vitrines luxueuses, Chanel, Vuitton, qui s'égrènent comme un chapelet de mode sous l'oeil curieux ou hâtif des passants.

Les touristes qui s'entretiennent à tue-tête à la terrasse du Demel, et ceux qui stationnent, nez par terre, au-dessus des vestiges romains blottis sous les pavés de la Michaelerplatz.

Une jeune femme qui traverse d'un pas impatient le rond-point pavé, en évitant un fiacre nonchalant ou un taxi pressé, s'engager sous la coupole donnant sur l'entrée des appartements impériaux.

Arrêt.

Oublier la hâte qui la pousse aux talons, oublier les amis qui l'attendent, le bus à ne pas manquer, oublier qu'elle a l'estomac dans les talons, ou qu'elle a mal aux pieds, au dos et partout où une jeune femme qui traverse la ville d'est en ouest juchée sur des talons trop hauts peut avoir mal.

Oublier la foule, oublier le temps qui passe.

Sous les voûtes plusieurs fois centenaires du palais de la Hofburg, une voix prend de l'ampleur. Un homme, les yeux clos, chante l'Ave Maria avec une ferveur qui ferait frissonner le plus convaincu des païens. Un pigeon s'envole comme pour rattraper les mots avant qu'ils ne s'évanouissent.

Hier c'était un violon qui pleurait ses notes jusqu'à les faire se rouler contre les voûtes couleur d'albâtre. Demain ce sera une jeune femme accompagnée d'un violoncelle, après-demain, un duo de cordes, et un autre jour encore, un nouvel artiste, un autre passionné qui se tiendra là, debout sous la coupole, se moquant de la pluie et du courant d'air, de la chaleur et de la foule.

Privilège d'une ville où la musique est reine, privilège d'une ville qui a vu les plus grands. Privilège d'une ville où les enfants ont des places réservées à l'opéra et des représentations adaptées à leur âge, où le service religieux dominical sert de cadre aux plus grands chefs-d'oeuvre de musique liturgique. Vienne, où les chanteurs de rue sont en costume ou en robe élégante, hommage à leur art, qu'ils exercent avec la même ferveur que ceux qui, le soir, chantent ou jouent sous les lustres de cristal de l'opéra national.

Dans la caisse de leur instrument, ouverte à leurs pieds sur cette scène qu'ils s'approprient le temps d'un miracle, toujours, elle laisse une pièce, non comme une obole, mais comme un remerciement pour un instant de grâce.

Et la musique décroît sur un dernier écho, mourant doucement, lentement, comme si elle ne se résignait pas à disparaître, cabotine tenant à rendre, encore et encore, un dernier hommage à son public. Une seconde de silence, pour revenir au temps présent.

Et la jeune femme pressée reprend son chemin, d'un pas pourtant un peu moins rapide, un peu moins impatient, d'un pas qui cherche encore, d'un soulier rêveur, l'accord d'une valse ou le ton d'un arpège.

Vienne, où la magie est au coin de la rue.
par Princesse Strudel publié dans : Viennoiseries
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Lundi 3 décembre 2007
DIfficile de décider: ma vie à Paris, parenthèse dans ma vie viennoise? Mon bref retour à Vienne, parenthèse dans ma vie parisienne?

Rien n'a changé. Je marchais dans mes souvenirs, immuable décor sur lequel le temps glisse sans laiser d'empreinte. C'est comme si je n'étais jamais partie.

Arrivée à l'aéroport (en retard, comme d'habitude. Sky Europe n'est jamais à l'heure). Un bref trajet jusqu'en centre-ville sans passer par la case "ancien bureau", un crochet par "ma" boutique de chaussures (sans rien trouver), il est temps d'aller retrouver Hélène, perdue au fin fond de la ville. Non sans passer par la boulangerie, où, merveille, ils ont recommencé à cuire des "Zimtkrusterl", petits pains sucrés à la cannelle, que la chaîne "Anker" ne propose à la vente que... pendant la saison froide. Imaginez le désespoir de votre Strudel à chaque retour du printemps, privée de son petit pain à la cannelle. Pour la peine (et parce que le trajet jusque chez Hélène est long), j'en ai prix deux. A savourer dans le métro,plongée dans un roman policier, "comme avant".

Vienne m'a manqué et pourtant, une fois là-bas, c'est comme si je n'étais pas partie. Pas de nostalgie, pas de désir de me "remplir de souvenirs": la ville fait partie de moi et je fais partie d'elle.

Après-midi tendresse chez Hélène et ses filles. Câlins, rires, et beaucoup de fatigue à sans cesse rattraper un bébé turbulent avide de se lancer à l'assaut du dossier du canapé, ou à enjamber la barrière du parc, juché sur le bras du divan. C'est là que j'ai découvert que la curiosité féminine pour les vêtements et autres accessoires de fille n'était pas acquise, mais innée...

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Retour en bus jusqu'à Schwedenplatz, et remontée à pied de la Rotenturmstrasse toute illuminée. Les éclairages de Noël sont superbes cette année, rouges et lumineux. 
Retrouvailles avec Judith et Andrea pour un dîner dans mon café favori, le Central (Herrengasse 12, 1010 Vienne). Arcades de marbre, vieux monsieur au piano pour quelques airs de valse. Papotages entre filles, strudel et crème de potiron.

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Brunch du dimanche matin au Point of Sales, ancien repère de la French Co (Schleifmühlgasse 12, 1040 Wien): la carte toujours aussi copieuse. Cadre sans prétention pour une atmosphère détendue et un peu enfumée, petit-déjeuner à partir de 3,90 EUR, pas de réservation possible le dimanche. 

Une balade s'imposait pour digérer: ce fut le marché de Noël niché au pied de la Karlskirche. Animaux vivants au sein d'une grande crèche et nids de paille pour enfants joueurs..

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et le traditionnel punch aux fruits, brûlant, épicé, aromatique.

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par Princesse Strudel
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Vendredi 30 novembre 2007

Pour le week-end. Décollage demain matin à 9h20, arrivée en ville vers midi. Un saut au Palais pour faire un coucou à mes anciens collègues et surtout, surtout, à mes copains du Rotaract. Ensuite je file à MA boutique de chaussures pour voir si Sergio (Rossi) y est. Puis départ chez Hélène pour un après-midi papotage avec elle et une aprtie de rigolade avec ses bébés. 
Retour en ville direction opera pour assister à une représentation de Tosca avec Judith et Andrea, et une visite du marché de Noel pour finir.
Petit déjeuner tardif au "Bol" le dimanche avec toute la bande, après-midi au café ou en balade, retour par le vol de 18h00. Ouf...

Vienne me manque. Je suis complètement séduite par Paris, où j'ai un bel appartement, un travail qui s'avère agréable et un amoureux en or, et pourtant, et pourtant, je trépigne comme une enfant à l'idée de retourner dans les rues de Vienne et de renouer, l'espace d'un week-end, avec mon ancienne vie.

par Princesse Strudel
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Jeudi 16 août 2007

Ah la la... VIenne c'est donc fini et bien fini. J'y retournerai pour la Saison, j'y garde de beaux souvenirs, mais c'est terminé: Strudel est arrivé au pays des macarons!

La suite des aventures du Strudel c'est donc ici:

lavieparisienne.canalblog.com

(PS pour Nath: Nath ma toute belle, c'est sur tes conseils que je fais une infidélité à overblog pour aller sur canalblog, j'espère que ca va marcher!).

Merci pour votre fidélité! A très bientôt le plaisir de vous retrouver sur "la vie parisienne".

par Princesse Strudel
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Vendredi 3 août 2007
Pourquoi se limiter, après tout? J'hésitais entre le rire et les larmes, il y aura eu les deux.

Mes derniers jours à Vienne se sont déroulés de facon diamétralement opposée à ce que j'envisageais.

Naivement je m'imaginais empaqueter de ci, nettoyer de là, régler les formalités en pointillés, et profiter des dix jours de liberté entre la fin de mon travail au Palais et mon départ pour flâner, marauder, visiter... Pour prendre congé dans les règles de cette ville que j'ai tant aimé.

Jusqu'au coude... Je me suis mis le doigt dans l'oeil jusqu'au coude. 

J'ai fini mes paquets pendant que le déménageur embarquait ceux déjà prêts. Bon, il avait plus d'une heure d'avance sur l'horaire, hein...

Les jours suivants; je comptais faire ménage, piscine, balade... C'était sans compter ma propriétaire, ses appels cinq fois par jour pour se plaindre du futur nouveau locataire "je suis sûre qu'il ne va pas le prendre" "il ne m'a pas rappelée" "il veut me virer la caution de banque à banque" et autres drames. 
Sans compter les nouveaux visiteurs, du coup,qu'elle conviait à visiter l'appartement dans l'hypothèse du désistement du jeune H.
Je ne suis pas d'un naturel patient. Cinq appels par jour et des messages du style "aaaah Madame Strudel rappelez-moi" comme si elle voulait m'annoncer la mort de Sergio Rossi, j'avais envie de cracher des clous.

Et puis, six ans, ca laisse des traces. Il a fallu trier, donner, offrir, jeter. Empaqueter le reste. Dans ce tourbillon, faire des pauses bienvenues pour voir et revoir Hélène et sa jolie famille et emmener Clara manger une glace, pour prendre le thé avec Judith, pour improviser une soirée d'au revoir, et, surtout, pour dîner avec le Commandeur - une soirée mémorable qui m'a valu une cuite sévère pas du tout assortie à ma robe Ferré et ma pochette Chanel.

10 jours sont donc passés sans que je ne les remarque, sans que je ne sache plus si on était mardi ou samedi, sans que rien ne compte hormis la tache à ôter du parquet et les cartons à terminer.

La dernière soirée a dépassé toutes mes attentes. J'avais rendez-vous chez Judith à 18:00 pour un tea time de filles.
A midi appel de la proprio "je veux vous aider à faire le ménage, vous êtes chez vous, j'arrive".
Enfer et boutons d'acné... Elle devait être là à deux heures, à quatre je l'attendais encore, récurant pour passer le temps sans oser mettre le nez dehors pour ne pas la manquer.
Enfin elle arrive avec - geste bien gentil - une glace et un petit cadeau. 
Et la voilà qui se met en devoir de nettoyer les vitres. Et le cadre des vitres, et le dessous des vitres, et que je dois grimper sur un tabouret pour récurer le DESSUS des vitres à la brosse à dents. A huit heures elle astiquait encore et Judith dînait sans moi tandis que j'annulais mon rendez-vous avec Norbert pour voir la projection sous les étoiles du concert du Nouvel An.
Et moi je nettoyais la salle de bain.

Fracas de fin du monde et je cours dans la pièce à vivre pour découvrir ma propriétaire courbée en deux sous le poids de la grande vitre, le crâne dégoulinant de sang.

Départ pour l'hôpital. Aprèes qu'elle m'ait rendu ma caution - en entier - et réglé toutes les formalités.

Il est onze heures du soir quand je déboule chez Judith pour un dernier papotage, une heure du matin quand j'arrive à ce qui a cessé d'être "la maison" pour redevenir "l'appartement". Coup de fil du Commandeur comme toujours si prévenant, dernière nuit dans un studio sans fenêtre.

La dernière journée a coulé comme une illusion entre les dernières formalités à régler, les ouvriers venus remonter la fenêtre, les deux colis à expédier, les appels des copains pour me souhaiter bon voyage.

Et, déjà, Alexander sonne. Nous récupérons Marius en chemin, buvons un verre à l'aéroport. De bavardages en anecdotes, de rires en étreintes amicales, je n'ai pas le temps de penser que j'ai du chagrin, et c'est à toute allure que je passe le salon d'embarquement.

Posée dans l'avion, un dernier coup de fil du Commandeur, et là, pendant le décollage, les larmes en guise d'adieu.
par Princesse Strudel publié dans : Strudel déménage
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